16ème dimanche du Temps ordinaire (19 juillet 2026)
Abbé Jean Compazieu | 12 juillet 2026Pendant que les gens dormaient

Textes bibliques : Lire
Les lectures bibliques de ce dimanche nous invitent à découvrir le vrai visage de Dieu. Autrefois, on se le représentait comme un Dieu vengeur qui condamne sans pitié tous les ennemis de son peuple. De fait, les abominations commises chez les païens étaient incroyables. Et pourtant, Dieu ne les a pas exterminés. Il a fait preuve à leur égard d’une patience extraordinaire. Son grand désir a toujours été que le pécheur se convertisse et qu’il vive. Cela vaut même pour les ennemis de son peuple. Il leur laisse à tous cette possibilité.
Le grand message de cette première lecture, c’est qu’en définitive, Dieu est plus humain que l’homme. C’est important pour notre monde d’aujourd’hui. Le gros problème de notre société, c’est la montée de l’intolérance. Quand un homme ou une femme sont enfermés dans leur mauvaise réputation, on ne leur laisse aucune chance. En ce jour, nous nous tournons vers le Seigneur pour lui demander de nous donner un peu d’humanité. Qu’il nous apprenne à voir ce monde comme lui-même le voit, avec un regard plein d’amour.
C’est aussi ce message que nous retrouvons dans l’Évangile. Cette parabole du bon grain et de l’ivraie, nous la connaissons bien parce que nous l’avons entendue souvent ; cet homme qui sème le bon grain c’est Dieu. Nous n’oublions pas ce qui est dit dans le premier récit de la Création : « Dieu vit que cela était bon ». Tout ce qui vient de Dieu est beau et bon. Le bon grain est mis en terre par Dieu. Il faut le dire et le redire, Dieu ne nous donne que du bon grain.
Le problème c’est qu’au lieu de « veiller au grain », nous dormons. Nous nous installons dans la routine, la facilité ; nous oublions le Seigneur et son Évangile. Pendant que les gens dormaient, l’ennemi est venu. Il vient toujours pendant que nous dormons. Ce n’est pas pour rien que Jésus nous demande de veiller et de prier pour ne pas succomber à la tentation. C’est ce qui est arrivé à Pierre, Jacques et Jean au Jardin des Oliviers, la veille de la mort de Jésus. Nous ne devons jamais oublier que notre vie chrétienne est un combat de tous les jours contre « l’ennemi ». La priorité c’est le bon grain semé par le Seigneur.
L’ennemi, lui, ne dort pas. Il est toujours à l’affût pour semer l’ivraie. En grec, l’ivraie se traduit par « zizania ». Ce que l’ennemi sème, c’est toujours la zizanie, c’est le trouble, la discorde, les bagarres, les calomnies. C’est tout ce qui est contraire à la communion. Tout cela est semé par l’ennemi. Nous le voyons dans nos paroisses, nos communautés, nos familles : on s’endort tranquillement, on n’est pas vigilant ; et quand on se réveille, on s’aperçoit qu’il y a de la zizanie partout.
Ce mal, nous le voyons tous les jours : à côté du pape François qui fut un ardent défenseur des pauvres, nous avons des extrémistes qui tuent et massacrent. Le pire, c’est qu’ils prétendent agir au nom de Dieu. Nous voudrions faire le ménage en enlevant l’ivraie. Mais Jésus nous demande de ne pas le faire. Ce serait ajouter de la haine à la haine, de l’ivraie à l’ivraie. Cet Évangile nous dit l’immense patience de Dieu. Il ne veut pas risquer d’arracher le bon grain avec l’ivraie. Il ne veut pas nous abimer. Et il nous demande de faire preuve de la même patience envers les autres. Il nous laisse discerner ce qui ne va pas dans notre vie. Lui-même nous accompagne jusqu’à la moisson.
Saint Pierre nous parle lui aussi de l’infinie patience de Dieu. Nous ne devons pas nous décourager quand nous avons l’impression qu’il y a de l’ivraie partout et que Dieu ne fait rien. Le Seigneur use de patience envers tous. Il veut absolument que personne ne périsse mais que tous arrivent au repentir. Il est important que nous méditions sur cette patience de Dieu et sur le fait qu’il faut être rempli d’espérance : l’ivraie et la zizanie n’auront pas le dernier mot. Mais bien que ce soit les vacances, il ne faut pas passer son temps à dormir. Nous devons rester dans la vigilance.
Dans la seconde lecture, saint Paul nous invite à nous tourner vers notre Dieu. Mais laissés à nous-mêmes, nous en sommes bien incapables. C’est alors que le Seigneur intervient pour nous donner son Esprit Saint. Avec lui, nous devenons capables de nous ouvrir à l’amour du Père et à répondre à sa volonté. Le vrai Dieu n’est pas celui qui écrase ses ennemis. Il se présente à nous comme un Dieu plein d’amour qui veut le salut de tous les hommes.
Seigneur, nous te prions : apprends-nous à te suive sur le chemin de l’accueil et de la tolérance. Par cette Eucharistie, viens renouveler notre foi et notre confiance en ton amour. Amen
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« Le Royaume des cieux est comparable à une graine de moutarde qu’un homme a semée dans son champ. C’est la plus petite de toutes les semences, mais, quand elle a poussé, elle dépasse les autres plantes potagères et devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel font leurs nids dans ses branches. » (Mt 13:31-32)
À travers cette parabole, Jésus met l’accent sur l’association fructueuse entre la fertilité du sol et la vitalité de la semence pour permettre à ‘une graine de moutarde’ de devenir ‘un arbre’. Une image qui sort de l’ordinaire, certes, mais elle met en évidence la réactivité exceptionnelle du terrain qui favorise la germination et la croissance de la graine. En effet, la fertilité du sol où tombe la semence aura un impact direct sur la qualité de la récolte. Dans de bonnes conditions, la petite plante deviendra grande et fera du bonheur autour d’elle. De même, la synergie combinée entre l’effort de l’homme et l’action divine fera des merveilles.
« Le Royaume des cieux est comparable à du levain qu’une femme enfouit dans trois grandes mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé. » (Mt 13:33).
Il n’y a rien de plus simple que la fabrication d’un pain, me diriez-vous. Et pourtant, il n’y a rien de plus difficile que de trouver un bon pain. Aspect, odeur, texture, et cuisson parfaite… Retrouver tout cela dans une même symbiose, ce n’est pas toujours évident. Il lui faut de la bonne farine, du bon levain et du doigté de l’artisan qui le façonne. Un ensemble de facteurs tout aussi indispensables les uns que les autres !
Cette petite parabole souligne l’énorme capacité de transformation du levain sur la pâte. Une simple petite portion suffit à faire lever ‘trois grandes mesures de farines’. Son action permet à la farine d’exprimer pleinement ses potentiels. Cette image évoque la puissance de la grâce de Dieu capable de nous métamorphoser en profondeur. Comme la symbiose délicate entre le levain et la farine confère au pain son goût incomparable, Dieu nous invite à nous laisser façonner par son Énergie pour devenir meilleurs. Toutefois, pour qu’elle puisse avoir un impact profond en nous, notre participation reste incontournable. Comme le savoir-faire du boulanger, notre vivacité spirituelle doit s’impliquer jusqu’au niveau le plus intime de notre action. Sans quoi, le bénéfice de la grâce divine restera limité.
Ces deux courtes paraboles mettent en évidence la puissance de l’action divine sur une contribution modeste de l’homme pour aboutir à une vitalité extraordinaire. Un rien de levain fait lever la pâte. La complicité du terrain fait que la petite graine devienne ‘un arbre, si bien que les oiseaux du ciel font leurs nids dans ses branches.’ Ainsi, avec notre totale implication, Dieu peut réaliser des prouesses en nous et autour de nous !
Toutefois, il arrive que, malgré nos efforts, la métamorphose semble s’éterniser. Le levain prend du temps pour faire lever la pâte. La semence tarde à germer dans un milieu préparé avec soin. Notre éveil spirituel se fait toujours attendre : le chemin de foi s’avère encore cahoteux et certains obstacles rendent notre marche pénible. Nous avons hâte d’atteindre notre objectif. Soyons patients ! Laissons Dieu nous façonner à son rythme et à sa manière, tout en douceur. Ne laissons pas la lassitude nous surprendre. Continuons avec persévérance notre route. L’Esprit-Saint agira. Son Énergie ne tardera pas à se manifester. N’oublions pas que l’efficacité du levain vient de son action agissant en profondeur. Le bon rendement de la semence dépend de la puissance productive accumulée patiemment en elle.
Certaine lenteur du quotidien fait partie intégrante de la vie. L’exceptionnel est plutôt rare ! Cependant, un ordinaire bien accompli a le pouvoir de nous transcender. Tout réside dans l’attention que nous portons aux détails et dans la qualité qui accompagne nos actes. Sainte Thérèse confie : ‘Je mettrai tant d’amour dans les petites choses ordinaires qu’elles en deviendront extraordinaires.’ L’amour transforme l’homme en profondeur ! De petits soins, des mots aimables, un regard attentionné… sèment la joie en nous et le bonheur autour de nous. Ces simples gestes peuvent alors se révéler être d’une valeur inestimable. Donnons donc le meilleur de nous-mêmes et laissons Dieu agir ! Faisons en sorte que le ‘Royaume des cieux’ s’implante durablement en nous et dans notre cadre de vie !
À l’exemple du semeur de l’Évangile, répandons abondamment des graines d’amour sur notre passage. Soyons généreux. Ne bridons pas notre largesse. Un jour ou l’autre, au moins quelques-unes d’entre elles germeront et produiront de bons résultats. Saint Paul nous exhorte : « Rappelez-vous le proverbe : ‘À semer trop peu, on récolte trop peu ; à semer largement, on récolte largement.’ Que chacun donne comme il a décidé dans son cœur, sans regret et sans contrainte, car Dieu aime celui qui donne joyeusement. » (2 Corinthiens 9:6-7)
Nguyễn Thế Cường Jacques